Sur l'air de Carmen : (petite inquisition espagnole prend garde à toi) "la question est enfant de problème qui n'a jamais, jamais connu de..."
Pourquoi Marie Ochka ?
Bon, j'avoue, si j'avais été chanteur de groupe de hard rock, je me serais appelée HieronymusVan Aken, mais comme je suis feutrière, j'ai choisi Marie Ochka.
Pourquoi la laine de mouton ?
Parce que les mammouths ont disparu, évidemment, pour quelle autre raison ? (rires).
Pourquoi êtes vous fan de Thiéfaine ?
Déjà, avant de vous répondre, je vais un peu chipoter sur le vocabulaire, je ne sais pas ce que vous entendez par "fan", mais à mon sens, qui n'est toujours pas le sens commun, je ne suis pas assez intrusive pour être fan de qui que ce soit, mais bon passons.
Oui, j'ai un profond respect et une haute admiration pour l’œuvre de cet homme-là, c'est comme ça. Je lui suis aussi très reconnaissante, car je ne sais quel rôle précis ont joué certaines de ses chansons dans ma vie, je ne sais par quels chemins elles voyagent dans mon crâne jadis contaminé par d'insidieux poisons, ni pourquoi, lorsque je l'écoute, je ne tangue plus sur les sables mouvants sur lesquels je suis visiblement bâtie, mais ce que je sais, c'est que je NE VEUX PAS le savoir. Pour moi, son œuvre vit. Disséquer ses chansons serait comme les réduire à l'état de peaux mortes et je ne me sens pas l'âme de les zigouiller pour trouver une réponse. Non, je n'exagère pas : j'ai fait des études plus ou moins littéraires, et force est de constater que, pour cette raison, sur mes étagères gisent comme des tombes certains des livres que j'ai trop analysés et disséqués. En réalité (et je préfère l'imaginaire), je pourrais vous donner mille raisons que je pressens, que je devine, mais je n'en donnerai qu'une seule : demandez-vous, vous qui voulez tout comprendre, combien, parmi les artistes dont vous fréquentez l'oeuvre, auraient vraiment eu droit de cité sans l'aide des médias ? Cet homme-là n'a pas un public de bovins qui attendaient sagement que les autorités incompétentes disent la messe pour faire carrière. Il a trouvé son public avec courage, à grands coups de talent. A petits coups d'aiguilles, il a brodé comme personne un univers qui lui est propre, car MONSIEUR Thiéfaine ne peut être remplacé par personne d'autre, il est unique à chanter au milieu des troupeaux.
Vous dites souvent que vous venez de pluton, pourquoi ?
Mais parce que je viens VRAIMENT de pluton (rires) !
Voilà un moment que vous travaillez à une œuvre qui ne semble pas vouloir pointer le bout de son nez, il n'y aurait pas un peu de procrastination la-dessous ?
(rires). Oui, ça me fait toujours rire lorsqu'on me traite de faignasse.
Je sais, c'est bizarre pour bon nombre de terriens qui remplissent leur temps libre comme si c'était une oie au bord de l'apoplexie (Ont-ils peur de rester seuls avec leur cervelle ? Oui, des fois je m'interroge aussi, mais de moins en moins, à chacun ses raisons après tout, j'aime à prendre mon temps pour caresser mes douces chimères), je sais donc que c'est bizarre de prendre son temps, tout son temps, mais je jardine mon œuvre. Quand elle sera mûre, je la cueillerai et je ne peux pas aller plus vite que le rythme des saisons (plutoniennes, ça va de soi (rires)).
N'est-ce pas une forme de lâcheté que de cultiver l'imaginaire plutôt que de faire quelque chose de plus concret et palpable dans la réalité ?
Tant qu'il y aura des gens pour croire que l'imaginaire est inutile, je continuerai à le jardiner. Rien n'a été plus utile dans ma vie que l'imaginaire. Si je suis debout aujourd'hui, relativement gaie et enthousiaste, malgré les questions cons qu'on peut me poser parfois et les aléas de la vie, c'est grâce à l'imaginaire, mais pour lui, c'est comme pour les chansons de Thiéfaine : le disséquer avec le scalpel de mon esprit reviendrait à le laisser à l'état de peau morte, or c'est mon souffle de vie. Ma vie m'est devenue précieuse, je ne vais donc pas porter atteinte à mon entité vitale, j'ai autre chose à faire de plus futile et donc de plus important.