Cette nuit, l'insomnie jouait aux osselets avec le squelette de mes souvenirs démembrés. Je me suis éveillée au délicieux son creux de mes os tombant en pluie. Dehors, un mince filet de lune piqué au ciel était éclairé par le chant du merle enchanteur. Merlin, Viviane t'écoute en remettant de l'ordre dans cet ossuaire éparpillé sur la table de l'atelier.
Je suis apaisée, depuis que la mort et ses attributs rodent à ma table de travail sans se voiler. Et j'ai ce sourire étrange en caressant la palimpseste écorce de ce saule où, sur des cordes raides, sèchent les linceuls.
Aurais-je enfin apprivoisé cette noirceur effrayante et affamée : cet animal indocile qui me grignotait l'estomac semble enfin rassasié. Dans mon petit cabinet de curiosité infime et intime, je l'ai étiqueté "inspiration" sans parvenir à croire qu'il est venu mendier ce collier, car ce dragon perclus d'épines me demandait un nom, perché sur mes genoux, réclamant des caresses. Comment s'imaginer qu'une bogue de châtaigne puisse avoir la douceur de la laine ?
Je me souviens de ces temps où, imbécile, je refusais de me plier à ses volontés. Pauvre âme en peine usant ses maigres forces à mener de vains combats. Elle m'a vaincue et convaincue et j'ai fondu. Comme mes cauchemars exorcisés sur le carreau de feutrage semblent de lointains souvenirs, aujourd'hui. Sous leurs dehors charmants, ils ne m'ont jamais procuré ce sentiment intense et profond qui m'est encore si peu connu.
Je me suis levée cette nuit, heureuse d'être par elle, extirpée de mon lit. Ce matin, l'envie de plonger mes mains dans mes tripes fumantes pour en extraire cette chose vivante pour l'en déloger m'avait quittée. Elle qui s'était endormi un temps, je n'avais pas réalisé qu'elle me manquait.
Elle a fait en mon ventre son nid et j'en suis ravie. Au creux de moi, Merlin n'a plus besoin de se montrer sous des dehors gracieux pour charmer Viviane, les charmes enfin rompus, elle est enfin conquise. Je crois que depuis le début, j'avais tout deviné, mais je n'étais pas pressée d'arriver derrière ce rideau où, invisible à vos yeux, je danse sur mes sables mouvants.

Très inspiré !
RépondreSupprimerOui, l'inspiration me sort du lit au cœur de la nuit et je la laisse me manipuler avec un curieux plaisir, pour agir selon ses désirs et moi qui n'ait jamais été bien docile, je la laisse me conduire là où mes mots en conscience ne m'auraient jamais emmenée...
SupprimerUne belle conquête due à une insomnie vraiment bénéfique sous ce "mince filet de lune piqué au ciel" ! Le merle a remplacé Merlin !!! ♪ ♫ ♪ ♫ ♪ ♫ ♥ ♥ ♥
RépondreSupprimerEt le merle enchanteur siffle encore à cette heure. Sourire.
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