Marie Ochka, artiste, feutrière. Tous droits réservés http://marieochka.fr/ "Quitte, en prenant la fuite, les injustices du sort si tu ne peux les supporter" Cicéron

vendredi 22 août 2014

Les mots...

J'ai un nouveau dictionnaire, tous les sept ans j'en change, je troque un nouveau petit Robert de la langue française pour un autre nouveau petit Robert. Je m'étonne à chaque fois que ce soit écrit "nouveau" sur la couverture... Oui, je suis impressionnable comme fille :)
Si je n'aime pas particulièrement l'orthographe (les fautes me paraissent plus intéressantes, comme une clef qui ouvrirait la porte vers une forme de poésie. Avoir l'aire bête, par exemple, ça vous hérisse le poil, peut-être, moi je me demande si la somme du carré des côtés de l'hypothalamus voire de l'hippopotalamus de la personne en question est égale au carré de sa face cachée ou de sa coiffure si elle revient de chez le coiffeur). J'aime les mots, dès que j'ai su lire, j'ai eu une espèce de frénésie boulimique pour leur... musique ? Je ne sais, j'aimais leur silence. La parole m'était douloureuse, le mot écrit une douceur.
Je me souviens que je lisais tout ce qui me tombait sous les yeux, étiquettes de produits alimentaires ou ménagers, lettres des plaques d'immatriculation (ce que je fais toujours d'ailleurs), je poussais même le vice, car à ce stade c'est un vice, jusqu'à m'enfermer dans les toilettes pour ouvrir l'armoire à pharmacie et lire les notices des médicaments...
D'ailleurs et bizarrement le mot posologie me fait presque l'effet d'un mot tendre. 
Comprendre ce que je lisais ? Je m'en moquais, je voulais déchiffrer les mots, tous les mots, j'avais faim d'eux.
J'avais oublié ce détail de mon enfance, mais depuis quelques temps j'y pense souvent. Pourquoi ? Je n'en sais rien, mais lorsque l'idée revient avec une certaine récurrence, j'y prête attention. Je pense souvent à ce rapport intime et profond que j'entretiens avec les mots et qui remonte à très tôt. Pourtant je les ai écrit tard, mes mot, ceux qui encrés en moi se couchaient sur le papier au besoin, pas à l'envie. J'aurais voulu écrire pour de rire, pour le plaisir, j'ai écrit pour ne pas mourir. Longtemps, le fil de ma vie tenait à cette trace noire ou grise qui sinuait sur le papier. Mes mots ont acquis une gravité, une profondeur que je suis sans doute la seule à percevoir comme telle (on me perçoit volontiers futile, c'est comme ça) peut-être, sans doute parce que je ne peux pas l'expliquer, encore moins me l'expliquer. Ce que je sais vraiment, c'est que j'ai un rapport affectif réel et particulier avec le mot écorce par exemple, que le mot grillage me fait l'effet d'une punition.
Les mots ont leur(s) sens révélé(s), celui ou ceux dégoté(s) dans le dictionnaire et puis les autres, ceux donnés au hasard de sa propre vie (qui peut être sale aussi, ce n'est pas antinomique), en fonction de son histoire, de l'affectif, des rapports entretenus avec tel ou tel mot.
Non, les mots ne disent pas tout, "silence" par exemple, ça ne dit rien du tout, il y a même des mots qui mentent, on (et chacun sait avec quoi ça rime) dit la pie bavarde par exemple, mais j'ai eu beau regarder le dictionnaire, à l’affût devant le nom de l'oiseau, jamais il n'a parlé, muet comme une tombe (qui dit tout de même son épitaphe).
Je me suis sentie un peu insultée par le silence de la pie, alors j'ai arrêter de la regarder et je suis passée à un autre mot : "turlupiner" qui est mon mot préféré (oui, avant posologie !), surtout dans les blancs, cet espace vierge où l'on peut inventer tout et n'importe quoi (bon, d'accord, surtout n'importe quoi), car dans les blancs, lorsque ça vous turlupine, c'est que vous avez un plaisant joueur de pipeau italien qui vous souffle des âneries dans le crâne... Ah ça, "turlupiner" ce n'est pas un mot muet !
Et il vous mène, boussole en tête, à "fariboles" qui est un mot que j'adore s'il ne vient pas ternir l'amitié. Parfois on me parle lecture et on me cause fil du récit. Je lis, je lis beaucoup, pourtant je trouve ça étrange, ce fameux fil du roman, la vie ne se déroule pas ainsi, elle prend petit à petit le sens qu'on lui donne (pour peu qu'on veuille lui donner un sens, bien sûr). En la regardant avec naturel, on voit (oui, je rime aussi avec ça) les événements s’enchaîner, souvent en dépit de toute logique, quelque part entre l'absurde (qui fait assez souvent bien les choses) et le cynisme (qui sert de jauge, pour évaluer les tesselles de bonheur qui jalonnent nos vies).

Si tu as lu (oui, je te tutoies, je crois que tu seras pas nombreux) jusqu'ici, je te fais une bise sur le bout de ton petit nez, oui, même s'il est grand ou gros et s'il est biscornu, je t'en fais deux !).

4 commentaires:

  1. Réponses
    1. Alors comme je ne sais pas moi aussi quoi ? je choisis le bisou sur mon petit bout de nez qu'il soit petit ou gros ;)

      Supprimer
  2. J'ai tout bien suivi mot à mot de l'écorce jusqu'à faribole en jonglant avec les tesselles de bonne heure !!! Quel plaisir de jouer avec les mots et de recevoir une bise sur le bout du nez ! Bises itou bien chère MarieOchka !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Quoi ? tu t'es levée tôt pour faire de la mosaïque ? ;) Ah, oui, ce sont de bons compagnons de jeu les mots ;) Mon nez frétille de contentement, belle soirée ma toute chère MAP !

      Supprimer