Marie Ochka, artiste, feutrière. Tous droits réservés http://marieochka.fr/ "Quitte, en prenant la fuite, les injustices du sort si tu ne peux les supporter" Cicéron

mardi 30 juin 2015

Le point estival

La feutrière sera en mode été, travail dans la pénombre, volets baissés, se relever la nuit à la fraîche et puis s'y remettre après la sieste...

J'ai fait le point sur mes possibles et mes projets :
Au texte et à quelques détails près, j'ai un projet jeunesse, feutré, mais je ne veux pas le sortir : exposer ma part enfantine sur la place publique avec mon allure de femme, c'est trop compliqué et surtout trop douloureux, il y a quelque chose qui ne va pas, quelque chose que je ne peux changer chez moi (quant à changer les autres, je ne me suis jamais crue capable d'accomplir pareil exploit et puis l'envie m'a toujours manquée, alors c'est dire...), je suis incapable d'expliquer de façon concluante et prégnante que si je produis jeunesse ma sensibilité est plus exposée, j'ai donc renoncé à l'expliquer, quant à demander à ce qu'on me préserve... Il m'a fallu du courage mais je me suis avouée vaincue, ma part d'enfant suit un mouvement lent de descente vers cet endroit intime et protégé de mon intériorité.


Je nourris un autre projet, adulte, un projet de longue haleine, un poil plus rock n roll, un projet étrange dont je ne mesure pas encore toute l'ampleur, mais je sens qu'il me faut lui laisser le temps de maturer à son rythme... ce qui me prendra encore une ou deux années ou plus encore, je ne sais... Je ne suis pas tout à fait devineresse... et plus je vieillis moins je sais de choses, tout est bien trop complexe pour une seule cervelle.



Et enfin un petit dernier qui unit la femme et l'enfant, j'ai noté sur mon carnet, entamé rien que pour l'été : du 27 juin au 30 septembre...
J'en connais une qui ne va pas chômer ! Sourire.
En ce moment, dans le flou de deux espaces : l'île de l'enfance et le continent de l'adulte, je vogue en trait d'union... 
Le thème s'est imposé de lui même et j'ai décidé de m'y atteler vaille que vaille... Mais chut, je vais faire des mystères et des secrets tout l'été !
Bonjour chez vous

vendredi 26 juin 2015

Avec l'aimable participation de Jérôme

J'ai demandé à MONSIEUR Van Aken si je pouvais faire une petite incursion dans son imaginaire (pour m'offrir un nouveau compagnon de travail), il n'a pas dit non et comme "qui ne dit mot consent", ma foi, voilà le résultat :


Il s'appelle Hieronymus van Corvus et a des pattes en dictionnaire et une langue plume (ballon), il fallait tout de même que rajoute mon grain de sel, sourire.

Sur ce, je file le rejoindre (oui, oui, encore à cette heure) : son perchoir est sur la table où se trouve mon carreau de feutrage, je m'y affaire à créer une chimère qui aura un air de cerf, je le feutre donc en écoutant un concerto pour hautbois, logique, non ? 

samedi 20 juin 2015

Petite incartade grivoise pour le 69ième billet publié. Vrai titre : Diogène, père-noël connexion

Y'en a qui perdent leurs illusions lorsqu'ils apprennent que le père-noël n'existe pas, j'ai jamais cru en lui, pas plus qu'en dieu (à cinq ans, j'étais déjà athée, avant je sais pas, je ne me souviens pas), par contre je croyais en Diogène. Fut une époque où j'ai même eu l'honneur de me voir affublée de ce sobriquet, faut dire que j'étais cynique et misogyne : charité bien ordonnée commençant par soi-même, je ne m'affectionnais pas beaucoup, de toute façon, je suis pas aimable. J'insiste.
Mais j'ai cessé de croire en Diogène, le jour où, déçue, pour ne pas dire ébranlée, j'ai appris que le bougre ne vivait pas dans un tonneau, mais dans une jarre ! Et pourquoi pas une amphore ? Sérieux ? 
J'ai cessé aussi d'être tout à fait misogyne le jour où l'homme que je fus (qui ne s'écrit pas non plus comme un tonneau) en eut assez de prendre la vie comme la chienne qu'elle était, j'avais envie d'être missionnée pour d'autres positions. Des fois, les chemins de vie, ça tient à peu de chose... 

vendredi 19 juin 2015

Ne devrait-on pas plutôt dire : C'est comme donner de la confiture aux vautours ?


Résumé de mes nuits et jours argumentés, je vous fais grâce des méandres de mes pensées pour ne vous livrer que la quintessence de mon raisonnement :
Si je continue à mettre la cerise de mes zones sensibles sur le gâteau public, je vais finir par devenir aigrelette, je n'ai pas envie.

Comme je ne veux pas renoncer à la laine (je suis vraiment profondément et sincèrement amoureuse de cette matière avec laquelle je vis et tisse des rapports hors normes), j'ai décidé de puiser ailleurs, d'exprimer d'autres choses...
Parmi mes goûts, j'en ai, apparemment, de bizarres comme, par exemple, d'aller me balader dans un cimetière pour me ragaillardir et me remonter le moral (oui, ça me met en joie d'être éphémère), peu de gens comprennent et je comprends qu'ils ne comprennent pas, lorsqu'ils se moquent ou font la grimace, ça me va, je "laisse pisser", ça glisse tout seul...
J'ai donc décidé de me mettre à aiguiller des œuvres qui ressembleraient (à mon sens, nous ne sommes pas non plus égaux face à la perception des choses) à mes balades au cimetière.
Des œuvres avec des épines, des os, des cauchemars, des personnages en souffrance. Après tout, c'est moi le capitaine du navire ! Sourire


Et dans un chaudron fleuri, mélanger avec l'os de l'esprit, les pépins de la vie...

jeudi 18 juin 2015

Tu reprends le blog ?


Je ne sais pas encore...
Depuis quelques semaines, voire quelques mois, je fais un point, je range, je trie mes idées, mes affections, mes sensations. J'analyse ce qui m'encombre et m'enquiquine, je caresse les moments où je me sens sereine et apaisée, ceux où je me sens à ma place et j'alpague tous ceux qui me font devenir chèvre avec moins de, voire aucune, compréhension ou compassion (la compassion, sentiment petit bourgeois qui consiste, comme le chantait si bien Brel, à tricoter en vert caca d'oie pour reconnaître le dimanche à la grand-messe ses pauvres à soi). J'apprends à répondre aux questions SI JE VEUX (ce serait surtout comme je veux, quitte à pousser le bouchon un peu loin, pourquoi mesurerais-je mes propos et me poserais-je pour prendre du recul, au vu des conneries qu'on peut me pondre en privé sur mon travail ? (Et pourquoi en privé ?). Je ne vois pas. Il y a une chose qui a changé avec certitude : je ne veux plus me montrer au plus près de ce que je suis à l'instant T, aux autres de faire le tri, j'ai renoncé, car mon plus gros travers ces dix dernières années, fut de répondre à tant et trop de questions avec, certes, la sincérité parfois partielle et transitoire du moment. Oh, si je l'ai fait, c'est que, naïve, je rêvais de rencontres sincères et profondes, faites d'affinités et d'attentions, de particularités et de complicités, de celles que l'on porte en son cœur à vie et ensuite encore lorsque l'autre est mort. De vraies affections, en somme. I y en a eu mais trop rares pour que j'en mesure la richesse à l'heure des instigations et critiques déconstructives.
Peut-être que la sincérité conduit le plus souvent à la désaffection, allez savoir, moi, je sais de moins en moins de choses... et je commence à trouver le brouillard plutôt confortable. Voilà pourquoi, pour la clarté et la cohérence, faudra repasser ou passer son chemin : ce sont deux choses auxquelles je ne veux plus consacrer trop de temps. De toute façon, je suis bâtie sur des sables mouvants alors faut avouer qu'être tout à fait et complètement sincère, je ne peux pas vraiment.
Quant à me fiche mal à l'aise pour répondre à des questions qui ne regardent pas les autres et ce, oui, même si je suis artiste, j'ai décidé que ça suffire-non-mais car je ne vois pas pourquoi créer et fiche le fruit de mon travail sur la place publique me priverait d'une certaine forme d'intimité. Non, je ne vois pas. Oui, je sais, les autobiographies pour soi-disant mieux comprendre le travail des artistes... A la fac, j'ai étudié Don Juan dans la littérature, une année durant, ben oui, c'est comme ça (j'ai pas vraiment eu le choix). La seule chose que je garde en mémoire de cette époque, c'est une étude, texte à l'appui, qui expliquait que Don Juan était un éjaculateur précoce, je vous jure que c'était convaincant et j'ai compris ce jour-là que, pour peu qu'on manipule les mots et les idées finement, on pouvait affirmer qu'un texte pouvait vouloir dire tout et n'importe quoi (et n'importe quoi, c'est vachement mieux des fois, sourire).

M'enfin, pour l'heure, la SEULE question importante semble être les vacances. Et dans ce domaine-là, avec un imaginaire comme le mien, c'est toujours moi qui voyage dans les plus chouettes endroits ! Et en parlant d'incohérences et de vacances, je vais prendre quelques semaines ou plus si affinités, pour jouer les mamies qui font du macramé (sans faire de macramé) pour voir (ou pas)... (oui, après ce que j'ai écrit hier, et alors ? Sourire).
De logique ? Cherchez plus, y'en aura pas (ou alors ce serait tout à fait indépendant de ma volonté), enfin pas en blog en tous cas, si blog il y aura...

mercredi 17 juin 2015

Presque dix ans ou onze où, ne m'étant pas fait que des amis, quelques uns de plus ou de moins... ma foi


"Dans la vie, il faut, je crois, observer la loi qui est gardée dans les festins des Grecs : "Qu'il boive ou qu'il s'en aille!" C'est raisonnable : que l'on jouisse comme les autres et avec eux du plaisir de boire ; ou bien que l'homme sobre ne se heurte pas à la violence des ivrognes et qu'il s'en aille d'abord ; de même quitte, en prenant la fuite, les injustices du sort si tu ne peux les supporter." Cicéron

Presque dix ans ou onze, déjà, je commence à arrêter de compter, c'est suffisant comme recul pour faire le point sur mon "travail", je concède les guillemets pour ceux pour qui avoir un métier, c'est gagner sa vie en espèces sonnantes et trébuchantes (casse-gueule, non ?), pour ceux pour qui un métier se mesure à sa pénibilité (il ne faut pas aimer un tant soit peu son travail donc, sinon c'est suspect...) et j'en passe.
Ce n'est pas que j'ai aimé de prime abord mon travail d'ailleurs, j'ai appris à l'aimer, il m'est tombé dessus sans prévenir mais il prenait racine dans mon enfance même, j'ai apprivoisé la chose, je préférerai dire l'être, car il est clair que l'inspiration est quelque chose de vivant qui est là en moi et se manifeste, non pour me gouverner, mais pour jouer les gouvernails... L'inspiration m'aiguille (ça a de quoi plaire à une feutrière).
On m'a, au cours de ces années, et je me suis donc, posé beaucoup de questions. Beaucoup étaient illégitimes. Avec le recul, je le vois bien... Sur le coup, lorsque qu'on louche, le nez plongé de force dans une bouse (oui y'a des tas de questions qui sont des bouses), nos sens sont quelque peu dérangés... J'ai pourtant mis tout mon cœur et ma bonne foi à y répondre (mal forcément : le nez dans une bouse, on ne voit pas bien clair, forcément) et j'ai perdu à ce petit jeu-là beaucoup de choses (j'aime à me raconter qu'elles m'auraient encombrée ou que, chemin faisant, je retrouverai celles dont j'ai VRAIMENT besoin)... J'ai eu bien sûr l'impression d'être grillée vive sur le bûcher de la petite inquisition espagnole bien trop souvent (d'ailleurs, à l'approche des feux de la Saint-Jean, je suis quelque peu fébrile. Sourire). J'ai pris de la distance. BEAUCOUP de distance.

Parmi les instigations récurrentes, il y avait "Qu'est-ce que l'art, suis-je une artiste ?". On a aussi souvent usé du mot "poétique" pour qualifier mon travail. Suis-je poète et qu'est-ce donc que la poésie ? Ces questions me semblaient davantage légitimes, un peu... C'est-à dire que je ressentais un besoin lancinant de me les poser aussi.

Dans la mesure où je ne peux pas vivre sans créer sinon je souffre, voire la vie me pèse tant que je préférerai la quitter, je suis artiste. Pour moi, cette question fut assez simple à résoudre. Bon, je suis passée pour une snobinarde-élitiste plus d'une fois en tranchant de façon trop abrupte certains détails découlant (dégoulinant ? ) de cette première et apparemment primordiale question (je doute que toute personne qui s'étiquette artiste se la pose, mais passons) genre : est-ce que l'art est érotique ou non, thérapeutique, névrotique ? Pour moi, ce sont des questions qu'il est désormais inutile de se poser car, à l'heure où la mamie qui fait du macramé le dimanche en reproduisant des modèles préexistants sans rien y modifier, digérer, intégrer et faire passer par le filtre de sa propre intériorité est proclamée artiste, alors tout le monde est artiste (donc personne ne l'est si on pousse le bouchon un peu trop loin et parfois j'aime (encore un peu) ça, je l'avoue), n'en déplaise à Matisse qui pensait qu'il fallait réinventer et se réapproprier la feuille pour pouvoir dessiner l'arbre, car aujourd'hui la personne qui apprend à calligraphier l'alphabet sur son cahier à grosses lignes en grande section maternelle est un écrivain, déjà.

Malgré mon lourd passif de bonne à rien, jugée à l'emporte-pièce (ouille ça fait mal car, mal gaulée, y'avait toujours un truc qui dépassait (si j'osais, je vous confierai que j'y ai même laissé une couille un jour en subissant ce genre de jugement, mais je ne dois pas employer le mot "couille", il parait... sinon, moi grivoise et si moi grivoise, moi fille facile. Or j'ai toujours été compliquée, j'y suis habituée, tant et si bien que je ne veux définitivement pas être facile)). Malgré mon lourd passif de bonne à rien donc, on a étiqueté mon travail de poétique souvent, assez pour que ça me gratte le col et que ça me démange de fouiller la question donc... 
En des temps immémoriaux où l'on naissait poète et où on ne pouvait en aucun cas le devenir, même à force de travail, ce temps où la poésie avait quelque chose de quelque peu ésotérique, si j'en crois un grimoire sur les mythes celtes dans lequel je plonge, scalpel en main, pour le disséquer, le poète n'était guère un alchimiste, puisque qu'étant né poète, son verbe même était poétique (oui, même pour dire les choses les plus triviales (enfin j'imagine, oui, j'imagine toujours beaucoup) lorsqu'il sustentait ses besoins les plus élémentaires (non y'avait pas d'exemple)). Ainsi, transformer de l'or en or n'étant pas de l'alchimie, le poète par essence ne pouvait apprendre à le devenir et n'était pas alchimiste, mes études de lettres m'avaient convaincue du contraire, il faudra donc que je rabote un pan ou deux de mes études, ou pas). Enfin bref, le point qui m'intéresse et me concerne de toute façon, c'est cette magie, cette racine que le poète doit bien avoir en commun avec le conteur... Oui, j'use de métaphores et de symboles, entre autres, il m'arrive parfois de m'adonner sans le savoir à la divination (je m'appelle madame Jourdain, entre autres qualificatif et noms d'oiselles) mais en aucun cas parce que je suis née poète, je suis plus probablement née conteuse, la filiation en moins : chez moi le conte ne transite pas de bouche à oreilles ni d'oreilles à bouche, j'y plonge pour dégoter, si j'ai de la chance, un peu de l'élixir primordial qui me permet d'entendre un chuya l'homme par la racine ; l'homme j'ai renoncé à le comprendre par la ramure, il y a longtemps déjà.


Bref, je ne suis pas plus poète qu'artiste, pas plus conteuse qu'extraterrestre, mais je m'amuse à l'idée qu'un jour un chercheur fou pourrait me traquer avec l'envie de m'empailler pour m'inclure dans son cabinet de curiosités. Je crois qu'il sera naturalisé avant moi... Si lui chat s'imagine que je suis souris, il se fourre le doigt jusqu'aux couilles oh, ben non jusqu'au coude.
Je suis un être curieux, enfin avec une antinomie toutefois, je pose très très rarement, pour ne pas dire jamais, de questions car je sais que la question, si l'autre tend à y répondre avec bonne volonté, peut être sacrément douloureuse et comme j'ignore si le baume cicatrisant fait partie de mes attributs curieux, je m'abstiens. Et j'en reviens à ma primordiale étiquette : je suis un grain de poussière paumé dans l'univers, qui se démène comme il peut pour traîner sa carcasse jusqu'à l'ultime et fatal rendez-vous, en se demandant un petit peu trop souvent quand même pourquoi tant de gens qui pourraient passer leur chemin ou se mordre la langue veulent me rendre le voyage moins agréable : la vie avec son long cortège de malheurs qui incombent à tout un chacun ou presque de façon naturelle y pourvoit déjà assez comme ça... (j'ai croisé, pas plus tard qu'hier, une femme qui s'était cassé un ongle, ça avait l'air vraiment grave, plus qu'elle ne pouvait le supporter, je savais qu'il était inutile de la faire relativiser en lui montrant les malheurs plus grands du monde, c'est pour cette chose là qu'elle avait besoin de consolation, pas une autre). 

Ma conclusion, transitoire ou définitive, sur les questions est que l'autre interroge (voire torture) parce qu'il n'a pas le courage de mettre à sac sa propre intériorité pour y trouver les vraies réponses, mais chuuut, si je me mets à affirmer des trucs pareils, je vais être mûre pour l'île déserte (qui d'ailleurs ne sera plus déserte puisque j'y serai) et comme je suis incapable de faire les bagages nécessairement spartiates pour pareil endroit, j'userai donc de prétérition. Bref, faites donc comme si je n'avais rien dit (j'écris à voix haute et inintelligible, sourire), si ça se trouve et qui plus est, dans six mois, six ans ou six cent ans j'aurais changé d'avis sur la question...

Et puisque j'ai parlé pour ne rien dire, je retourne métamorphoser ce qui pourrait bien être la représentation de mon inspiration si l'art est érotique mais je n'en sais rien, je suis du genre à zigouiller le minotaure, pas à me le taper, c'est vous dire si j'ai du commun avec Picasso ! SOURIRE.
Et tandis que j'ouvrageais à apprivoiser l'inspiration ce matin, je me faisais matraquer photographiquement et ici comme on ose presque tout, le photographe a dit : "Oh, Marie pleine de grâce, feutrez pour nous" !




mardi 16 juin 2015

Mes petits trésors de terre

"Même si vous ne le voyez pas d'un bon oeil,
le paysage n'est pas laid.
C'est votre oeil, qui peut être est mauvais"
Jacques Prévert

Et si vous estimez que "l’œil mauvais" est trop péjoratif pour vous, en terme plus laudatif voici une autre citation qui illustrera aussi mon propos (Rien que ça ! Sourire).

J'ai remarqué, au cours des ans, que la beauté,
tout comme le bonheur, est chose fréquente.
Pas un jour ne s'écoule sans que nous ne vivions, un instant,
au paradis.
Borges



Ce week-end, alors que j'ôtais les adventices (ici les herbes ne sont pas mauvaises, elles sont parfois mal rangées, il m'arrive même (mais n'allez répéter ça à personne, je passerai une fois encore (et la fois de trop fut dépassée il y a bien longtemps déjà) pour une personne dérangée) d'en repiquer ailleurs) de mon coin de terre rapportée (elle était censée être végétale, n'était que simple remblai, elle fait ce qu'elle peut, ce n'est pas moi qui vais la blâmer).

PAUSE. Reprise (mais pas anaphorique, ici je n'use pas du secours du poète) depuis le début, les précisions en moins :

Ce week-end, alors que j'ôtais les adventices de mon coin de terre rapportée, j'y ai trouvé un goulot de bouteille cassée. Comme l'être humaine aime un peu trop beaucoup les précisions, je précise donc que je l'ai trouvé en désherbant une racine de liseron qui revient dans ce coin de potager comme le malheur sur le monde (c'est ainsi que je désherbe cet endroit, comme pour m'habituer à ce que le monde soit gaulé comme ça, pauvre liseron que j'ai affublé de cette analogie douteuse mais nécessaire à mon esprit bancal)... J'ai pris le chemin de la maison avec l'éclat de verre pour le nettoyer avant de le joindre à mes autres petits trésors de terre :


La veille, j'avais  ramassé toujours dans mon jardin, une petite coquille d'escargot vide. Elle trempait dans une vieille jatte à café... Lorsque les deux merveilles furent nettoyées, j'ai pris la direction de ma boite à "bijoux" pour les y mettre à l'abri et je me suis figée en chemin, souriante (sourire version augmentée, avec étoiles dans les mirettes donc), en constatant que l'une rentrait dans l'autre à la perfection (on ne voit pas bien sur la photo, parce que je ne pouvais pas tenir l'appareil et mes trésors assemblés en même temps et qu'avant de les sceller l'un à l'autre je vais les observer un temps pour voir s'ils sont vraiment fait pour s'assembler, je ne suis qu'un être humain, bancal, je vous rappelle, qui n'a donc que deux bras et même plus le don d'ubiquité).

PAUSE, reprise mais toujours pas anaphorique (mais où l'on constatera peut-être, ou pas, que ce billet aurait pu être bien plus court) :

Ce week-end, alors que j'ôtais les adventices de mon coin de terre rapportée, j'y ai trouvé un goulot de bouteille cassée. J'ai pris le chemin de la maison avec l'éclat de verre pour le nettoyer avant de le joindre à mes autres petits trésors de terre. La veille, j'avais  ramassé toujours dans mon jardin, une petite coquille d'escargot vide. Elle trempait dans une vieille jatte à café... Lorsque les deux merveilles furent nettoyées, j'ai pris la direction de ma boite à "bijoux" pour les y mettre à l'abri et je me suis figée en chemin, souriante en constatant que l'une rentrait dans l'autre à la perfection


Si ce n'est qu'ils soient si bien ajustés, tout au moins que ce genre de choses m'émerveille encore à mon âge. Sourire.

J'ai vécu hier un petit instant de magie, puisque je vous le dis ! Re sourire.

Et pendant ce temps là, la fleur d'églantine gardait le cœur bien accroché, ce qui m'a ému, vous vous en doutez !


Et tandis que mon rosier du diable (oui, c'est ainsi qu'on nomme l'églantier aussi) sème ses cœurs sur le chemin où, va nus pieds je vais, je commence à apprendre à regarder le monde sans lunettes roses. (Ce qui ne le prive aucunement d'une certaine forme de magie). En tous cas : regarder le rosier du diable et se retrouver un instant au paradis, ce n'est pas banal, n'est-il pas ? Sourire.

vendredi 12 juin 2015

Sans titre


Cette nuit, l'insomnie jouait aux osselets avec le squelette de mes souvenirs démembrés.  Je me suis éveillée au délicieux son creux de mes os tombant en pluie. Dehors, un mince filet de lune piqué au ciel était éclairé par le chant du merle enchanteur. Merlin, Viviane t'écoute en remettant de l'ordre dans cet ossuaire éparpillé sur la table de l'atelier.
Je suis apaisée, depuis que la mort et ses attributs rodent à ma table de travail sans se voiler. Et j'ai ce sourire étrange en caressant la palimpseste écorce de ce saule où, sur des cordes raides, sèchent les linceuls.
Aurais-je enfin apprivoisé cette noirceur effrayante et affamée : cet animal indocile qui me grignotait l'estomac semble enfin rassasié. Dans mon petit cabinet de curiosité infime et intime, je l'ai étiqueté "inspiration" sans parvenir à croire qu'il est venu mendier ce collier, car ce dragon perclus d'épines me demandait un nom, perché sur mes genoux, réclamant des caresses. Comment s'imaginer qu'une bogue de châtaigne puisse avoir la douceur de la laine ?
Je me souviens de ces temps où, imbécile, je refusais de me plier à ses volontés. Pauvre âme en peine usant ses maigres forces à mener de vains combats. Elle m'a vaincue et convaincue et j'ai fondu. Comme mes cauchemars exorcisés sur le carreau de feutrage semblent de lointains souvenirs, aujourd'hui. Sous leurs dehors charmants, ils ne m'ont jamais procuré ce sentiment intense et profond qui m'est encore si peu connu. 
Je me suis levée cette nuit, heureuse d'être par elle, extirpée de mon lit. Ce matin, l'envie de plonger mes mains dans mes tripes fumantes pour en extraire cette chose vivante pour l'en déloger m'avait quittée. Elle qui s'était endormi un temps, je n'avais pas réalisé qu'elle me manquait.
Elle a fait en mon ventre son nid et j'en suis ravie. Au creux de moi, Merlin n'a plus besoin de se montrer sous des dehors gracieux pour charmer Viviane, les charmes enfin rompus, elle est enfin conquise. Je crois que depuis le début, j'avais tout deviné, mais je n'étais pas pressée d'arriver derrière ce rideau où, invisible à vos yeux, je danse sur mes sables mouvants.

samedi 23 mai 2015

La vie est étrange tout de même...

A chaque fois que je prends une décision (la même toujours depuis presque huit années, faut vraiment être une tête de pioche tout de même !), conclusion d'un choix peu facile à faire et souvent douloureux mais qui me parait être de plus en plus une évidence, la vie m'offre quelques miettes, pas assez nourricières, certes, mais qui pourraient m'aider à avancer encore un peu sur la route que j'empreinte depuis presque onze ans (ça aurait fait onze années en novembre de cette année)... Cette route était un chemin où j'étais à la fois femme et enfant, toute mêlée, toute emmêlée. J'écrivais des ouvrages où je cousais (ouille, aïe) à petits points serrés chacune des parties de mon être éclaté, avec ce désir fort de me rassembler et d'avancer cousue (mais en cachant les cicatrices : notre société est une société d'apparences, on ne peut pas vraiment y couper). J'ai passé des heures et des heures ces derniers mois à écrire un livre qui n'a pas subit ses dernières corrections. J'étais là, rassemblée, mais je savais déjà que ce livre serait posé entre deux étagères, ni adulte, ni jeunesse, or il n'avait pas le pouvoir de léviter mais j'avais le pouvoir d'éviter qu'il tombe en renonçant à ce projet... Ce n'est pas comme si, avec mon ancien nom, je n'avais pas essayé plusieurs fois... 
J'ai donc choisi de compartimenter, puisque nous vivons dans une société de cases et d'étiquettes, et d'essayer autrement. Alors bien sûr certains de mes personnages transpireront une forme de naïveté enfantine parfois... Je crois que je n'y couperai pas...
Alors bien sûr, je ne vais pas bâillonner cette petite fille au fond de moi, j'ai un projet que je construis pour elle, mais qui ne sera en rien ma priorité.
Par un long chemin dans les broussailles fait de retours en arrière, de tournages en boucles et en rond, j'ai fini par renouer mon cœur à mon cerveau, ma cervelle à mes tripes. Le vaste combat que se livraient Eros et Thanatos au fond de mon ventre est achevé, ils sont devenus copains comme cochons, un temps pour vivre "et la mort qui est tout au bout" (oh, punaise on dirait du Brel ! Mais c'en est ma parole (ben non, justement, sa parole), retour en arrière pour semer des guillemets). 

J'ai pris des décisions difficiles, très (j'ai même renoncé à mes petits blaireaux : la meilleure incarnation de la femme-enfant toute mêlée et emmêlée), mais j'ai décidé cette nuit, alors que la vie semblait éclairer ma décision sous l'aune du mauvais choix, qu'il n'y avait pas de retour possible... Pour une raison et une seule : cette femme-enfant mêlée et emmêlée est TROP sensible pour étaler ce qu'elle fait (et qu'elle finit par payer tôt ou tard par un lot de critiques déconstructives, paradoxe cuisant et douloureux). Sensible, je le serai toujours, j'aime ce défaut (car c'en est un dans une société où c'est la force de caractère qui prévaut), il fait partie de la quintessence de mon être... Voilà, en ce moment je me débarrasse de certaines de "mes vieilles habitudes, pas en les jetant pas la fenêtre, en leur faisant descendre l'escalier marche après marche" (Oh, punaise on dirait du Mark Twain ! mais c'en est ma parole (ben non, justement, sa parole), retour en arrière pour semer des guillemets).
Pourquoi avoir pris le parti de la femme et non de l'enfant ?
Ce n'est pas un parti pris, c'est une évidence. Ce dernier mois, je me suis sentie deux fois à ma place en société : à une expo où un cheval sculpté, mort, était entouré des corbeaux de Thomas le Plas, et au concert de MONSIEUR HFT. J'ai parcouru des livres jeunesse mais ils n'étaient plus assez nourriciers, j'ai GRAND faim, le contraire eut été étonnant vu mon parcours depuis ma mise à l'écriture... Mama Ochka danse désormais sur les ruines d'un vieux dictionnaire... 
Je cultive des haïkus, de petite proses courtes, je ne peux pas vivre tout à fait sans mots... Et ceux des autres ne me suffisent pas toujours, même ceux de MONSIEUR HFT, eh non !


La seule trace de cette vie de femme-enfant que j'ai gardé pour mémoire, c'est ce petit loup gris mauve qui câline une fleur de chagrin, fleur d'esclavage arrosée de pleurs et de cris (le décalage entre petite fille et femme me saute aux yeux).


mardi 19 mai 2015

Et pour finir de soliloquer et de reprendre la route de la laine, voici donc ce que Emma Phore indique désormais comme direction.

J'ai abandonné le rêve fou de créer un petit fatras bienveillant où se réfugier pour oublier le grand fracas de la réalité, le bruit du monde grondait trop fort... A la place, je suis plongée jusqu'au cou, voire aux orteils dans vos mythes, légendes, croyances et superstitions pour offrir à quelques trucs jugées à l'emporte-pièce et condamnés trop fort à mon goût, un peu de consolation. Quelques âmes sensibles et mises à l'écart y trouveront peut-être leur conte, les autres, au fond, ça n'a jamais été pour eux que j'ouvrageais dans le creuset de mon atelier.
Maintenant il reste un site et juste un site qui sera mis à jour quand le chemin parcouru le nécessitera 
 http://marieochka.fr/

Photo de Fred Brossel
Corbeaux de Thomas le Plas